Gil Rivière-Wekstein, fondateur de la revue “agriculture et environnement” est l’invité de la FDSEA du Loiret ce vendredi à Chateauneuf sur Loire, pour parler de son livre « Panique dans l’assiette, ils se nourrissent de nos peurs ». Pour lui la culture du danger à travers ce que l’on mange est utilisée par certains militants écologistes, par la filière bio, par les industriels. Il vient expliquer aux agriculteurs pourquoi ils doivent reprendre en main leur communication et ne plus se laisser accuser d’être des “producteurs de mort”

 

FB : Vous êtes de ceux pour qui le dangers des pesticides, les crises alimentaires qui font régulièrement la l’actualité sont souvent faussés, exagérés. Vous n’êtes pas l’ami des militants écologistes. Vous avez publié ce livre « Panique dans l’assiette, ils se nourrissent de nos peurs » : de qui parlez-vous quand vous dites « ils se nourrissent de nos peurs » ?

GRW : Vous avez aujourd’hui une « fabrique de la peur » qui explique à la population française que tout ce qu’on mange, tout ce qui serait dans nos assiettes serait dangereux, cancérigène. On cherche le sans OGM, le sans pesticide, le sans colorant ou arôme artificiel. On sent vraiment comme une panique dans l’assiette.

Je me suis donc penché sur cette question et j’ai découvert qu’il y avait plusieurs intérêts divergents ou plutôt convergents dans ce cas-là, des intérêts différents qui ont tout à fait avantage à vous faire peur dans votre alimentation.

FB : Des exemples ? Des professionnels de la grandes distributions qui ont leur part dans cet affichage. La culture du « sans » gluten ou paraben. Ça pèse sur les consciences ?

GRW : C’est très facile de faire acheter plus chers au consommateur des produits avec des prétendus vertus sanitaires. Si c’était vrai ! Tant mieux. Mais là, il s’avère que c’est totalement faux !. Aujourd’hui les gens achètent des produits en payant plus chers parce qu’ils pensent que cela sera mieux pour leur santé. Alors que ce n’est absolument pas le cas. Tout ce qui est produit en France, issus de notre agriculture est d’excellente qualité sanitaire. Il n’y a aucun souci à se faire. Que l’on veuille acheter des produits pour « x » ou « y » raisons, comme l’agriculture biologique ou des produits « sans gluten » parce que l’on pense que l’on est intolérant, cela ne pose pas de problème. Le problème est que l’on pense que l’on va gagner quelques secondes d’espérance de vie ! C’est faux !

FB : Vous êtes aussi très virulent contre la filière du bio qui a des intérêts financiers. En face il y a en d’autres qui ont des intérêts financiers ? Tout ça s’équilibre ?

GRW : Oui ! Mais au détriment du consommateurs et des agriculteurs. Vous avez un certain nombre de personnes qui font de la surenchère pour expliquer aux gens qu’il faut payer plus chers des aliments qui n’ont pas de valeurs nutritionnelles meilleures. Donc, les dindons de la farce ce sont les agriculteurs parce qu’on leur impose un cahier des charges de plus en plus extraordinaire qui rend la compétitivité française abominable dans le domaine agricole. Et le consommateur qui au final payent plus cher. Tout ça pour le profit d’un certain nombre de filière, et pas seulement celle du bio. Si vous regardez tous les personnes qui achètent du bio, elle le font parce qu’elles pensent qu’acheter ces produits c’est meilleur pour leur santé que les produits qui sont issus de l’agriculture conventionnel.

FB : Ce n’est pas aussi simple que ça. Vous vous insurgez aussi dans ce livre sur les communiqués de presse qui prennent les atours et tournures de communiqués scientifiques ? Dans les deux camps on utilise beaucoup les études scientifiques pour communiquer finalement ?

GRW : Absolument ! Mais toutes ne se valent pas. On a mis en place en France des instituts de recherche compétents dont le but et l’objectif est de faire le tri dans ces études. Or, il s’avère très souvent que n’importe qui présente des études, soient des industriels ou des ONG, et tout de suite face à un emballement médiatique, on prend les conclusions de ces études pour des vérités alors que l’on n’ a même pas donné le temps à la communauté scientifique de se pencher dessus pour voir si elles contiennent quelque chose de sérieux ou pas.

Je dis « attention », il ne faut pas aller trop vite. Quand une étude sort, il faut voir, la regarder, et laisser les experts que nous avons en France (comme ceux de l’Anses), qui sont indépendants, et les laisser regarder la réalité de ces études.

FB : Vous prenez l’exemple de la pomme ? On a beaucoup communiqué sur la pomme dangereuse pour la santé à coup de chiffres qui effectivement font peurs. Vous dites que ce n’est pas aussi simple que ça !

GRW : Ce qui se passe sur la pomme est un vrai scandale ! Il n’y a rien de plus sain que de manger une pomme ! Denis Corpet, qui fait la préface de mon livre, explique que lui il mange une pomme conventionnelle avec la peau tous les jours et que s’il vit 100 ans , il mangerait trente mille pommes. Et de poursuivre que pour avoir la même quantité de produits cancérigènes que vous avez dans un verre de vin, il faudrait manger 25 millions de pommes ! Or, vous avez aujourd’hui des phobies autour des pelures de pommes alors que cela ne pose aucun danger.

Pourquoi ? Parce que vous avez à longueur de temps des reportages à charge sur la pomme et c’est devenu le symbole (qui renvoie aussi à des mythes) du produit qui serait dangereux. Tout ça, c’est pour faire peur et vendre d’autres produits qui ne contiendraient pas ces fameux pesticides etc… ! C’est le business de la peur ! Il faut que les gens arrêtent (s’ils le veulent), qu’ils se relaxent sur la nourriture. Nous avons une très bonne nourriture en France ! Profitons-en !

Gil Rivière-Wekstein sur France Bleu Orléans / Panique dans l’assiette
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